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Témoignage J021

Le Bourgmestre Callixte a été assassiné par un collègue.

Callixte Ndagijimana est mon propre fils. Il est né en 1965. Callixte est mon cinquième enfant. Il est né dans la cellule d’Akanywiriri, dans le secteur de Bibungo, dans la commune de Mugina, dans la préfecture de Gitarama. Il a fait ses études primaires à Bibungo et ses études secondaires au Groupe Scolaire Officiel à Butare.

Après ses études secondaires, il est allé à l’Ecole Supérieure Militaire de Kigali où il est resté deux ans. Il n’a cependant pas pu terminer ses études et a été chassé parce qu’il était originaire du sud du pays. Il a été chassé en 1990. Immédiatement après, il a été enseignant à Ruyumba.

Lors de l’attaque du FPR-Inkotanyi (Front Patriotique Rwandais-Inkotanyi) le 1er octobre 1990, il venait de prester quatre mois dans l’enseignement. Callixte a quitté l’enseignement pour devenir Bourgmestre de la commune de Mugina en 1992.
A ce moment, les bourgmestres étaient nommés selon les partis politiques et Callixte était membre du MDR (Mouvement Démocratique Républicain). C’est le 14 août 1993 que Callixte s’est marié. Il est mort sans laisser d’enfants.

Callixte était un homme gentil et d’un bon caractère. Il était aimé de tous et tout le monde avait confiance en lui. Quand un parent a beaucoup d’enfants, il sait lequel pourra être utile à lui-même et utile aux autres. J’attendais de Callixte beaucoup de choses, bien qu’il soit mort trop tôt, sans avoir réalisé ce que j’attendais de lui.

C’est au début du génocide que les gens ont réalisé que Callixte était un homme courageux. Il a arrêté les tueries dans toute la commune de Mugina. Il faisait des patrouilles avec ses policiers dans toute la commune. Quand les gens avaient peur des tueries quelque part, il les prenait avec lui, les logeait à la commune et leur donnait à manger.

Comme la commune de Mugina était la seule sécurisée dans toute la préfecture de Gitarama, il recevait beaucoup de réfugiés en provenance surtout des communes voisines comme Ntongwe, Runda et Musambira, ainsi que des gens qui venaient de la région du Bugesera, de la zone de Kigali-Rural. Callixte les recevait ; il logeait les uns à la commune, les autres chez les missionnaires. Callixte faisait tout pour assurer leur sécurité et les nourrir.

La population de Mugina n’avait pas osé participer aux tueries parce qu’elle craignait Callixte. Elle disait qu’il pouvait tirer sur elle parce qu’elle savait qu’il avait été militaire. Dans notre cellule, personne n’avait fui et nous croyions que les tueries n’allaient plus avoir lieu.

C’est le 20 avril que Callixte a été assassiné, alors qu’il rentrait d’une réunion à la préfecture de Gitarama. Le complot avait été organisé par le Bourgmestre de Ntongwe, Monsieur Kagabo. Callixte a été assassiné en même temps que son chauffeur et un ami qu’il avait connu lorsqu’il était enseignant comme lui et qui s’était justement réfugié chez lui. C’est le 21 avril qu’on m’a apporté son cadavre et que je l’ai enterré.

Après l’enterrement, les gens ont commencé à dire qu’ils avaient appris la mort de Habyarimana et que c’était l’occasion pour eux de tuer les Tutsi. Nous avons alors commencé à nous cacher dans les brousses. Le lendemain matin, les Interahamwe nous ont attaqués et ne nous ont pas trouvés. Ils se sont alors dirigés vers la famille du frère de mon mari et ils y ont tué sept enfants et lui-même.

Témoignage recueilli à Mugina le 25 mars 2002,
Par Pacifique Kabalisa.