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Témoignage J027

Kamanzi n’a pas abandonné ses amis Tutsi.

Les massacres ont commencé le 12 avril 1994. La veille des tueries, les autorités ont rassemblé tous les hommes. Ils nous ont demandé d’aller stopper l’avancée des Interahamwe de Gatete.
Quand nous sommes arrivés à la grande route, ils ont séparé les Hutu des Tutsi ; ils ont mis les Hutu d’un côté et les Tutsi de l’autre. Les Hutu sont rentrés chez eux. Les Interahamwe ont immédiatement commencé à tuer les Tutsi. Ces derniers se sont réfugiés à la commune de Muhazi.

Il y a un Hutu qui a fui avec les Tutsi. Il s’appelait Kamanzi. Il était commerçant et avait des amis Tutsi. Avant d’aller à la commune, Kamanzi a voulu aller cacher ses amis chez son père. Ce dernier les a chassés, mais Kamanzi ne les a pas abandonnés. Il est allé avec eux à la commune, là où il y avait d’autres réfugiés Tutsi.

Les Interahamwe ont poursuivi les Tutsi au bureau de la commune de Muhazi. L’attaque a eu lieu le 15 avril à 15 heures. Elle a duré plus de deux heures. Kamanzi et quelques amis ont survécu. Ils ont quitté Gishali pour aller à Murambi, où les militaires du FPR-Inkotanyi (Front Patriotique Rwandais-Inkotanyi) venaient de prendre position.

Les Interahamwe les attendaient à Kavumu, là où ces réfugiés devaient passer pour aller à Kiziguro. Ceux qui savaient nager ont pu traverser mais ceux qui n’en étaient pas capables ont été massacrés par les Interahamwe. Cette attaque était dirigée par l’adjudant Mutabaruka et le policier Kananura. Kamanzi a été tué parmi ces Tutsi, alors qu’il tentait de traverser. Ils ont tiré sur le bateau qui le transportait.

Kamanzi n’a pas voulu abandonner ses amis Tutsi. Kamanzi était un ami fidèle. Il avait une boutique à Gasave. Il accueillait tout le monde de la même façon. C’était un bon garçon.
Je connaissais Paul Kamanzi, mais nous n’étions pas si familiers. Il était commerçant pendant le génocide. J’allais acheter des bonbons dans sa boutique. C’était un garçon de bon cœur, qui était aimé par tout le monde.

Les gens ont commencé à se regrouper après la mort de Habyarimana, le 6 avril 1994 : les Hutu d’un côté et les Tutsi de l’autre. Il y avait une méfiance totale entre Hutu et Tutsi.
La situation s’est compliquée quand les Interahamwe ont commencé à brûler des maisons de l’autre côté du lac, dans la commune de Murambi et de Gatete.

Quelques jours après la mort de Habyarimana, les Interahamwe ont commencé à massacrer les Tutsi à Murambi. Kamanzi a essayé de cacher ses amis Tutsi. Il pensait que la situation allait peut-être vite se calmer. Cela n’a pas été le cas. Kamanzi a dû quitter Gasave où il avait une boutique, pour aller cacher ses amis chez lui. Mais, comme je vous l’ai dit, son père n’a pas accepté et Kamanzi est resté avec ses amis Tutsi.

Je ne connais pas les noms de ces Tutsi que Kamanzi a voulu cacher. La plupart ont été tués. En plus, j’étais un petit garçon.
Une semaine après leur arrivée au bureau communal de Muhazi, les Interahamwe les ont attaqués. La grande attaque a eu lieu le 15 avril 1994.
Cette attaque a été orchestrée par des Interahamwe et des militaires de la garde présidentielle. Il y avait seulement des Tutsi. Les Hutu, qui avaient fui avec les Tutsi, venaient de rentrer chez eux, sauf Kamanzi qui n’avait pas voulu abandonner les Tutsi.

Kamanzi a été tué par les Interahamwe parce qu’il n’a pas voulu se désolidariser des Tutsi. Je n’ai pas de détails sur sa mort. Ce que je peux dire, c’est que Kamanzi a été plus courageux que les autres Hutu. Au lieu de cacher les Tutsi, ils se joignaient aux Interahamwe qui les traquaient. Certains allaient à la chasse, tandis que d’autres pillaient les maisons des Tutsi. Kamanzi, par contre, a accepté de mourir avec ces Tutsi.

Après le génocide, tous les rescapés ont organisé une fête en l’honneur de Kamanzi. Ils ont demandé une messe particulière pour lui. Chaque 15 avril, nous commémorons l’anniversaire de ceux qui étaient à la commune de Muhazi. Le nom de Kamanzi figure parmi ceux-là.

Témoignage recueilli à Muhazi le 11 janvier 1997,
Par Pacifique Kabalisa.