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Témoignage J036

L’Abbé Ananie Rugasira s’est opposé aux Interahamwe, au prix de sa vie.

Nous nous sommes réfugiés au Petit séminaire de Ndera le 7 avril 1994. Nous avons été accueillis par les prêtres de Ndera : Ananie Rugasira et André Havugimana. Ces prêtres se sont occupés de nous jusqu’à la mort de l’un d’entre eux, Ananie Rugasira, le 9 avril 1994.
Depuis notre arrivée au Petit séminaire le 7 avril 1994, les Interahamwe n’ont cessé de venir nous attaquer. Mais Ananie leur interdisait d’entrer. Ananie a même désarmé des Hutu qui étaient venus avec des armes.

Au Petit séminaire, il y avait beaucoup de gens : des Hutu comme des Tutsi. Deux jours après notre arrivée, les Interahamwe sont venus nous attaquer. Cette attaque était dirigée par Stanislas Mbonampeka.

Mbonampeka est venu bien avant les Interahamwe ; il avait un fusil. Par après, les Interahamwe sont aussi venus avec des fusils et des grenades. Quand ils sont arrivés, l’Abbé Ananie Rugasira n’a pas voulu leur ouvrir. Les Interahamwe ont fait sauter le portail. Quand Mbonampeka est arrivé, il nous a intimé l’ordre de rentrer chez nous à la maison. Nous avons refusé et il est reparti.

Quelques temps après, les Interahamwe sont venus en masse. Nous nous sommes repliés dans les salles de classe. C’était vers 11 heures. Ils ont demandé à Ananie d’ouvrir. Il a à nouveau refusé. Les Interahamwe ont forcé le portail. Ils ont tiré sur lui. Il est mort sur-le-champ. C’était le 9 avril 1994.

Ananie ne voulait pas que les gens meurent au Petit séminaire. Après la fusillade, les Interahamwe ont continué leur travail. Nous avons eu peur. J’étais avec une amie et nous avons réussi à sortir par la porte ; j’étais encore avec mes trois enfants. Mon fils était encore en vie, mais il a été tué plus tard à Gitarama.

Les prêtres de Ndera ont tout fait pour empêcher les Interahamwe de massacrer les Tutsi. C’est pourquoi les Interahamwe ont tué Ananie. Comme lui, l’Abbé André ne voulait pas que les Interahamwe viennent tuer les gens. Tous les deux s’opposaient aux massacres des Tutsi. D’ailleurs, les Interahamwe voulaient les tuer tous les deux.

André a survécu miraculeusement. Quand ils ont tiré sur Ananie, la balle a atteint André au bras et à la poitrine. Après la mort d’Ananie, ce fut la débandade totale. Chacun a pris sa direction. Je suis allée me cacher chez une connaissance. Je n’ai plus revu l’Abbé André. Je sais qu’ensuite, il est allé se faire soigner, probablement à Kabgayi.

Témoignage recueilli à Ndera le 21 mars 1995,
Par Pacifique Kabalisa.