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Témoignage J077

Le Pasteur Berchmans a prouvé qu’il était un homme de Dieu.

Après la mort de Habyarimana le 6 avril 1994, toute la population de la commune de Ntongwe, tant Hutu que Tutsi, s’est regroupée au bureau communal.
Quelques temps après, le Bourgmestre Kagabo est venu nous dire que la question ne concernait que les Tutsi. Les Hutu sont immédiatement rentrés chez eux.

La première attaque des Interahamwe a eu lieu le 21 avril 1994. J’ai réussi à fuir et suis allée me cacher chez un voisin Hutu. J’étais avec ma fille. J’ai continué à me cacher chez les Hutu jusqu’au jour où un milicien, que je connaissais, a réussi à me tirer des griffes des Interahamwe et m’a emmenée à Shyogwe, où j’espérais retrouver mes parents.

Malheureusement, ils venaient d’être tués. Il m’a conduite chez le directeur du groupe scolaire de Shyogwe. Le directeur m’a demandé d’aller dans une maison où ils avaient regroupé tous les Tutsi, à Mukoto. C’est dans cette maison que j’ai vu le Pasteur Jean Berchmans.

Jean Berchmans nous a accueillis dans la maison où étaient agglutinés tous les Tutsi. Il venait régulièrement nous voir et prier pour nous. Il y avait beaucoup de réfugiés Tutsi chez Berchmans. J’en connaissais quelques-uns.

Quand les Interahamwe venaient attaquer, Berchmans s’arrangeait avec ses chrétiens pour emmener ces réfugiés dans la forêt. Ils rentraient après le départ des Interahamwe.

Pendant le génocide, Berchmans a montré qu’il était un pasteur différent des autres. Il a prouvé que c’était un homme de Dieu, contrairement aux autres pasteurs comme Athanase Ngirinshuti qui faisait les patrouilles avec les Interahamwe.
Ngirinshuti se promenait d’ailleurs avec un fusil. Il allait à la barrière. On l’accuse même d’avoir tué un Tutsi. C’était Ngirinshuti qui livrait les Tutsi réfugiés dans cette maison appelée Mukoto.

Par contre, Berchmans nous apportait à manger et venait prier pour nous. Il venait le matin, le midi et le soir. Avant de partir, il nous adressait une parole réconfortante. Il disait souvent : « Tenez bon. Dieu ne va pas vous lâcher ».

Les Tutsi qui se cachaient chez Berchmans, venaient de Ntongwe. La plupart était des femmes. Les hommes avaient été tués par les Interahamwe.
Quand ces réfugiés ont commencé à devenir trop nombreux, Berchmans en a pris quelques-uns et les a emmenés à Kabgayi. Berchmans n’a rien ménagé pour sauver les Tutsi. Pourtant, il n’était que responsable d’une paroisse. Il était sous l’autorité du Pasteur Ngirinshuti et de Monseigneur Samuel Musabyimana.

J’ai quitté cette maison de Mukoto quand une femme est venue nous dire que les Interahamwe préparaient une attaque contre nous. Malheureusement, les autres Tutsi, dont mon frère et sa famille, n’ont pas cru cette femme. Ils ont tous péri. Cette femme m’a cachée chez elle. C’était une femme pauvre. Son mari menaçait toujours de me dénoncer.

Quand les Interahamwe ont su que j’étais chez elle, ils ont organisé une attaque pour venir me tuer. J’étais avec ma nièce, la fille de mon frère qui lui, venait d’être tué. Elle a demandé à sa mère de nous cacher. Quand les Interahamwe ont su que nous étions chez sa mère, elle est allée nous cacher chez un voisin dont j’ignore le nom. J’ai quitté cette cachette et je suis allée chez un ami, dans la commune de Mukingi.

Témoignage recueilli à Kigali le 2 mars 2002,
Par Pacifique Kabalisa.