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Témoignage J100

Après le génocide, l’Abbé Célestin est resté le même.

Je suis arrivé à Saint-Paul le 12 avril 1994. C’est Célestin lui-même qui est venu me prendre dans ma cachette, dans la maison de la sentinelle à Gemeca. Il est venu nous chercher pendant la nuit. J’étais avec deux autres garçons –qui sont entrés dans l’APR (Armée Patriotique Rwandaise) après le génocide. Il nous a donné de quoi nous couvrir la nuit.

Les Interahamwe venaient chaque fois trier les gens à aller tuer. A ce moment-là j’avais un peu d’argent. Au premier tour, ils ont pris quatre personnes, dont moi-même. Je leur ai donné 50.000 francs rwandais. Ils m’ont laissé. Ils sont allés tuer Rukundo et Mazimpaka. Je suis ensuite revenu à Saint-Paul. Les Interahamwe n’ont pas cessé de venir prendre des gens à aller tuer.

Célestin négociait toujours avec ces Interahamwe qui allaient les tuer, malgré lui. Il donnait même son argent aux Interahamwe. Je me rappelle qu’un jour, il a donné 30.000 francs rwandais, alors que les Interahamwe voulaient me tuer.
Ce jour-là, je n’avais que 10.000 francs rwandais. Or les Interahamwe réclamaient 40.000 francs rwandais. Célestin les a suppliés mais ils se sont montrés intransigeants. Ils ne voulaient pas négocier. Célestin les a pris et les a emmenés dans un magasin d’alimentation de Gemeca.

Célestin faisait des tours pour voir si les Interahamwe n’étaient pas entrés à son insu. Chaque fois, il nous demandait de suivre la Radio. C’est ainsi que nous avons appris que Monseigneur Vincent Nsengiyumva a demandé à Célestin de quitter Saint-Paul.

Nous avons demandé à Célestin si réellement, il allait nous abandonner. Célestin nous a dit qu’il ne pouvait pas abandonner ses brebis. Il ne nous a donc pas abandonnés. Il est resté avec nous jusqu’au 16 juin 1994. Il nous donnait des consignes pour pouvoir nous disperser quand les Interahamwe nous attaquaient.

J’ai quitté Saint-Paul au mois de mai 1994. Je n’avais plus d’argent. J’avais juste 5.000 FRW. J’ai demandé des conseils à Célestin. Comme j’étais recherché, Célestin a accepté que je parte. J’ai pris la direction de Gitarama, d’où ma femme était originaire. Elle était Hutu. Célestin m’a accompagné et m’a fait traverser deux barrières en allant à Gitarama.

Je n’ai revu Célestin qu’à la fin du génocide, au mois d’août. Il était toujours le même. Célestin est un homme bon.

Témoignage recueilli à Rugenge le 15 février 1995,
Par Pacifique Kabalisa.