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Témoignage V007

Elle fut trahie par une amie Hutu et violée par des hommes qu'elle connaissait.

J’ai été violée de façon répétitive par des hommes que je connaissais ; des violeurs qui connaissaient mon mari et mes enfants. Lors du génocide, j’avais 34 ans. J’étais mariée et mère de trois enfants.

Dès le début du génocide, les tueurs ont attaqué mon mari à la machette. Il a fui. J’ai caché mes deux filles de 6 et 8 ans et mon fils d’un an et demi, dans des placards différents. J’avais particulièrement peur pour le garçon parce qu’il n’y avait aucun espoir pour un petit garçon Tutsi. J’avais le sentiment qu’il comprenait la situation, le danger dans lequel nous nous trouvions. Il est resté dans le placard tout seul toute la journée et il n’a jamais pleuré. Il s’est seulement mordu la lèvre.

Pendant les premiers jours, je n’avais rien à leur donner à manger. J’avais peur qu’ils meurent de faim. Alors le quatrième jour, j’ai envoyé les filles à la clinique de Cyakabiri. J’avais peur de partir avec elles. Je pensais que nous avions tous plus de chances de survivre si elles y allaient seules. Leur frère est parti avec elles le lendemain parce qu’il s’affaiblissait de plus en plus. Le troisième jour, quand ils sont allés chercher leur déjeuner, ils ne sont jamais revenus.

Je me suis échappée ce soir-là. Je suis allée à la maison d’une amie Hutu. Quand je suis arrivée, cette amie a commencé une dispute en criant et en disant au plus fort de sa voix que le FPR (Front Patriotique Rwandais-Inkotanyi) Lire la définition FPR-Inkotanyi Front Patriotique Rwandais-Inkotanyi. était interdit et qu’elle n’avait rien à traiter avec lui. Puisqu’elle criait fort, tout le monde a appris que j’étais chez elle.
J’ai commencé à courir ; son frère et son mari m’ont couru après. Ils m’ont rattrapée et m’ont battue. Ils m’ont laissée là, croyant que j’étais morte. Une pluie torrentielle m’a réveillée et je me suis cachée dans la brousse pendant deux jours.

J’ai ensuite été découverte par quatre hommes que je connaissais. Ils m’ont tous violée, à tour de rôle et de façon ininterrompue. Ils m’ont fait des choses atroces, ces hommes que je connaissais personnellement. Pendant qu’ils continuaient à me violer, l’un d’eux a dit : « On a l’intention de passer la journée entière sur toi ».

Après ce qui semblait être un temps très long, des gens sont venus chercher des bananes dans les champs. Ça a temporairement détourné l’attention des violeurs. J’ai couru. J’étais complètement nue. Je me suis cachée derrière la maison d’une famille Hutu que je connaissais. J’ai vu les violeurs rentrer dans la maison, déchirer les matelas en herbe avec leurs machettes pour me trouver. Après, ils sont partis.

La femme de la maison, que je connaissais et qui s’était convertie à la chrétienté, m’a appelée doucement. Elle m’a donné de quoi m’envelopper et de la nourriture. Son mari était très amer que je sois dans leur maison. Elle n’avait pas le choix que de me suggérer de partir. Elle pensait que je devais aller à la commune de Musambira, en disant que la paix avait été déclarée et que les gens se réunissaient là-bas.

N’ayant pas d’autre choix, je me suis rendue au bureau de la commune de Musambira. J’y ai trouvé beaucoup de Tutsi qui s’y étaient réfugiés. Quelques jours après, les Interahamwe et les militaires nous ont attaqués ; ils ont tué toutes ces personnes. Seule une petite poignée de personnes, dont moi, a pu survivre.

Témoignage recueilli à Musambira le 5 mars 1995,
par Pacifique Kabalisa