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Témoignage V018

Seule survivante de sa famille, elle n’a pas les moyens de se soigner.

J’avais 25 ans lors du génocide.
Quand le génocide a débuté, je visitais un membre de ma famille au centre de Nyamata. Je ne me rappelle pas la date à laquelle on a commencé à tuer.

Les Interahamwe nous ont trouvés dans l’enclos où habitait cette famille et tous ont été massacrés. Moi, j’ai sauté et je suis tombée dans un autre enclos qui était tout près. Cet enclos se trouvait dans la parcelle d’un Hutu. Comme celui-ci nous connaissait, il nous a emmenées, une autre fille et moi, chez une dame qu’il connaissait.

Nous y avons passé à peu près une semaine puis elle est allée chercher la GP (Garde Présidentielle) Lire la définition GP Garde Présidentielle. à la commune pour nous tuer.
Quand ce Hutu en a été informé, il nous a ramenées chez lui. Sa femme s’était réfugiée mais plus tard, elle est revenue.

Il me violait en l’absence de sa femme. Il l’a fait à peu près cinq fois. Il me retrouvait dans la chambre et me violait. Il faisait son choix entre moi et l’autre fille avec qui nous vivions et quand il violait l’une de nous, l’autre sortait.

Un jour, il nous a emmenées dans notre chambre et nous a dit d’enlever nos vêtements. Il nous a frappées et nous a menacées. Il disait qu’il pourrait mettre des bâtons entre nos jambes mais nous l’avons supplié de nous laisser tranquilles et il est parti.

Un autre jour, sa femme m’a envoyée cueillir des légumes derrière la maison. Les Interahamwe m’ont vue et ont cru que toute la famille était là.
L’un d’eux m’a prise et m’a attachée avec une ficelle puis, il est allé chercher les autres. Ils m’ont demandé où était ma mère parce qu’ils ne l’avaient pas trouvée. Quand je les ai vus venir, j’ai fui dans la maison, toujours attachée.

La femme du Hutu nous a chassées puisqu’elle ne voulait pas mourir à cause de nous et je me suis réfugiée dans une massette. Ce sont les Inkotanyi qui m’ont trouvée.

On disait que ce Hutu avait le SIDA mais quand je suis allée faire les tests, les résultats étaient négatifs.

Nous étions huit enfants à la maison. Sept ont été tués avec mes parents. Je suis la seule survivante, sans tantes ni oncles.

N’ayant nulle part où aller et n’étant plus une fille vierge, un homme m’a proposé de vivre avec lui et j’ai accepté parce que je pensais qu’il allait être à la fois mon père, ma mère et mon frère.
Je me suis mariée vers la fin de l’année 1994 et nous nous sommes séparés après avoir mis au monde deux enfants. Le plus grand a six ans. On m’a dit que mon ex-mari vivait désormais à Umutara.

La maison que j’occupe actuellement appartenait à son frère et il m’a dit qu’il allait me chasser de cette maison si je ne la louais pas. Je ne sais pas louer cette maison puisque je n’ai déjà pas de quoi nourrir mes enfants.
Mon mari n’a pas de famille pour s’occuper de nos enfants et je n’ai pas été mariée officiellement pour pouvoir bénéficier de quoi que ce soit venant de mon mari.

Je n’ai bénéficié d’aucune assistance et je ne suis pas allée au FARG (Fonds National pour l’Assistance aux Rescapés du Génocide) Lire la définition FARG Fonds National pour l'Assistance aux Rescapés du Génocide. . C’est seulement récemment que je me suis mise à rassembler les attestations des rescapés pour voir si le FARG pourrait m’aider.

Je n’ai pas été témoin à charge parce que ça ne m’aiderait en rien et ça ne ramènerait pas ma famille sur terre. Même ceux qui ont été dénoncés ont été libérés.

En ce qui concerne les conséquences des viols que j’ai subis, j’ai mal au bas-ventre au point que parfois, je ne peux plus marcher ; j’ai perdu souvent beaucoup de sang, jusqu’à ce que mes vêtements soient tachés.
Actuellement, je ressens toujours des douleurs au bas-ventre au niveau de la vessie. Je n’ai pas pris de médicaments parce que je n’ai pas les moyens financiers pour me soigner.

Mon souhait est de me faire soigner et de trouver une maison convenable.
J’aurais besoin d’argent pour lancer un commerce ambulant ou d’animaux domestiques, de sorte que je puisse vivre et faire vivre mes enfants.

Témoignage recueilli à Kigali le 4 mars 2000,
par Pacifique Kabalisa