Centre pour la prévention des crimes contre l'humanité

Accueil / Les témoignages / Témoignage V045

Témoignage V045

Les legs des viols : des enfants non désirés donc mal aimés, le sida et autres problèmes gynécologiques, des liens sociaux fragilisés

Un des legs des viols qui s’est manifesté pendant les mois qui ont suivi le génocide est la grossesse : beaucoup de femmes et de jeunes filles ont donné naissance aux enfants de leurs violeurs.
Certaines d’entre elles ont avorté.

Le Rwanda est un pays majoritairement catholique. Même si les avortements étaient largement faisables, la plupart des femmes n’y ont pas eu recours, en particulier les femmes des zones rurales.

Ces enfants auront non seulement le stigma d’être nés hors du mariage, mais aussi d’être les enfants illégitimes d’hommes coupables du génocide de la communauté Tutsi.

Beaucoup de ces enfants, et peut-être la plupart, ne seront pas accueillis, ni par la communauté Tutsi, ni par leurs propres mères. Dans des situations comparables, des travailleurs sociaux ont remarqué que les mères ne soignent pas les enfants issus d’un viol ; elles ne leur donnent pas de tendresse et ne s’occupent pas suffisamment d’eux.

Il y a des arguments forts pour donner aux mères violées la possibilité de faire adopter ces enfants, si elles le souhaitent.

Un autre legs du viol est le Sida et autres maladies sexuellement transmissibles ainsi que les problèmes gynécologiques. Cela fait seulement un an que le génocide et la guerre qui a détruit l’infrastructure du pays ont pris fin.

Les Interahamwe ont pillé les hôpitaux et les cliniques du pays et ont détruit le matériel qu’ils n’ont pas pu prendre.
De plus, beaucoup de médecins et d’infirmiers ont été tués. D’autres se sont enfuis du pays.

Le résultat est clair : les services gynécologiques disponibles aux femmes rwandaises sont insuffisants, particulièrement en dehors des villes principales. Plusieurs raisons ont fait que beaucoup de femmes, qui ont été violées, ne se sont pas présentées, ne serait-ce que pour un examen médical fondamental.

Au niveau de la communauté, l’étendue des viols met une pression énorme sur le tissu social. Le besoin de réintégrer les femmes violées dans la vie sociale sera donc très important.
Cependant, si cela est possible, il est important que cela se fasse dans un contexte de thérapie sociale. Les hommes Tutsi et les femmes plus âgées en particulier, doivent recevoir un soutien psychosocial en ce qui concerne la nature du viol, avec pour objectif, que les femmes violées ne voient pas leur statut social diminuer en raison de leurs expériences.

Témoignage recueilli à Kigali-Ville le 12 mars 1995,
par Pacifique Kabalisa