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Témoignage V077

Elle était enceinte mais ça ne les a pas empêché de la violer.

J’avais 27 ans au moment du génocide. J’habitais le secteur de Nyakabanda, où j’étais mariée depuis neuf ans à un mari qui faisait du petit commerce. Je n’avais pas d’emploi précis ; je restais auprès de mes enfants à la maison. Le travail de mon mari nous permettait de couvrir nos besoins essentiels. Nous avions quatre enfants.

Dans notre quartier, on a commencé à installer les barrières le 7 avril, la première étant devant notre maison. C’est mon mari qui y a laissé la vie en premier. J’étais coincée, bloquée, surveillée de partout, incapable de bouger.

J’étais enceinte mais cela n’a pas empêché les Interahamwe de me violer. Ils entraient dans ma maison comme ils le voulaient, me violaient puis repartaient et cela, pendant plusieurs jours.
J’ai connu de cette manière un grand nombre de miliciens.

Le FPR-Inkotanyi (Front Patriotique Rwandais-Inkotanyi) a pris le contrôle du quartier au moment où j’étais sur le point de mourir. J’ai rejoint les autres rescapés au collège Saint-André de Nyamirambo, où nous sommes restés jusqu’à la fin de la guerre.

En quittant le collège, après la guerre, je suis retournée à Nyakabanda, dans le même quartier. J’avais des problèmes gynécologiques persistants et à l’époque, ce n’était pas facile de trouver des médecins spécialistes, encore moins de trouver les moyens pour payer des médicaments coûteux.
Les signes visibles montraient que j’avais des maladies sexuellement transmissibles, jusqu’alors non soignées. Quand le moment de l’accouchement est arrivé, j’étais toujours dans les mêmes conditions.

Après avoir mis au monde, j’ai passé de nombreux examens médicaux, entre autres le test de dépistage du VIH/SIDA.
Les résultats étaient positifs aussi bien pour moi que pour l’enfant qui venait de naître.
J’étais très touchée et la situation m’était vraiment insupportable. J’ai passé quelques jours dans la solitude puis j’ai essayé de me relever en prenant un peu de courage pour travailler, de peur que mes enfants meurent de faim, surtout qu’ils n’avaient personne d’autre que moi pour s’occuper d’eux.

Grâce à l’intervention de l’AVEGA (Association des Veuves du Génocide), j’ai obtenu cinquante mille francs rwandais pour démarrer un petit commerce de charbon, de légumes et d’autres vivres de première nécessité dans le quartier. Il s’agissait d’un montant remboursable.

J’essaie toujours d’affronter les multiples problèmes liés à l’après-génocide et j’ai eu la chance de bénéficier d’une maison au village de Kimironko, construite par le FARG (Fonds National pour l’Assistance aux Rescapés du Génocide). Bien que la maison ne soit pas en bon état, je ne dois un loyer à personne et je ne me sens plus stressée par le problème de logement.

Si je pouvais trouver des moyens, j’augmenterais mon capital pour travailler davantage et obtenir assez de recettes pour répondre à mes besoins et à ceux de mes enfants.

Je n’ai pas encore atteint le stade où les maladies opportunistes prennent le dessus. Je sais que le moment viendra où je ne pourrai plus me débrouiller mais je rêve de maximiser le rendement avant que cela ne m’arrive.

Témoignage recueilli à Kigali, le 22 avril 2002,
Par Pacifique Kabalisa.