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Témoignage V080

Violée à maintes reprises, quand les Inkotanyi l’ont trouvée, elle était sur le point de mourir.

J’avais 25 ans au moment du génocide. Je suis née à Butare mais pour des raisons professionnelles, nous étions installés à Kigali. Mon mari était commerçant au marché de Nyabugogo et moi, je travaillais comme secrétaire dans un garage à Kigali. Nous habitions une maison que nous louions. Le génocide a commencé alors que j’étais enceinte de deux mois.

Le 7 avril 1994, notre maison a été attaquée mais nous avons réussi à aller nous cacher chez les voisins en passant par une brèche. Mais quelques jours plus tard, la situation s’est détériorée et nous avons fui vers notre région natale.

Nous avons donné de l’argent à un militaire qui nous a accompagnés jusqu’à Butare. Nous y sommes arrivés le 12. Les tueries n’avaient pas encore commencé. Quelques jours après, les massacres ont atteint la commune de Huye. Nous nous sommes réfugiés au bureau de la commune de Huye. Très vite, nous avons été dispersés par les attaques des miliciens Interahamwe.

Moi, j’ai pris la direction de mon village natal. A ma grande déception, toutes les maisons étaient détruites et je n’y ai trouvé personne. Je me suis cachée dans les buissons mais comme la pluie devenait trop forte, je changeais souvent de cachette. Je me cachais dans les buissons, dans les maisons abandonnées et à moitié détruites des Tutsi.

Quelques jours plus tard, j’ai été surprise par un groupe de miliciens en chasse de Tutsi dans la brousse. Ils m’ont violée en masse et d’une façon très sauvage et ce, pendant plusieurs jours. Quand les Inkotanyi sont arrivés, je me trouvais dans une situation pitoyable ; j’étais sur le point de mourir. Ils m’ont emmenée à l’hôpital de Kabutare.

Quand j’ai repris des forces, je me suis mise à la recherche des miens qui auraient survécu au génocide. Seule ma grande sœur avait survécu. Elle est veuve et sans enfants. Elle aussi résidait à Kigali. Je suis restée chez elle et à la mi-octobre, j’ai mis mon enfant au monde.
Après l’accouchement, je n’ai jamais su récupérer ; au contraire, je m’affaiblissais davantage. Il s’est avéré nécessaire que je fasse le test de dépistage du VIH/SIDA. Les résultats étaient positifs.

Jusqu’à présent, je n’ai reçu aucune assistance, alors que j’éprouve beaucoup de peine à trouver les moyens pour payer les frais de transport pour pouvoir approcher les associations ou autres organisations qui pourraient me venir en aide.

Si je pouvais être assistée d’une façon ou d’une autre, je gagnerais ma vie et je m’occuperais de celle de mon enfant pour le peu de temps qu’il me reste à vivre.

Témoignage recueilli à Kigali le 23 avril 2002,
Par Pacifique Kabalisa.