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Témoignage V083

Il y avait une barrière de miliciens devant sa maison ; elle était bloquée et violée sans arrêt.

J’avais 26 ans lors du génocide ; j’habitais à Remera où j’étais mariée depuis 1990. Mon mari vendait des vêtements de seconde main au marché de Remera. Nous avions eu deux enfants et notre domicile se trouvait tout près de mes parents.

Nous avons été informés de la mort de Habyarimana très tôt le matin du 7 avril par les miliciens Interahamwe qui sont venus à la maison dire à mon mari que le pays avait été attaqué et que tout le monde devait être sur le qui-vive. D’où l’installation des barrières partout afin de traquer l’ennemi.

Mon mari est parti avec les miliciens mais il n’est jamais revenu. On l’a tué avant d’arriver à la barrière, placée devant notre maison. A mon tour, je suis restée bloquée et je ne pouvais aller nulle part, étant donné que tous mes mouvements étaient surveillés par les miliciens.

A chaque instant, un milicien quittait la barrière, venait chez moi, me violait et retournait à la barrière pour laisser un autre venir faire la même chose et ainsi de suite, jusqu’au moment où le FRP-Inkotanyi (Front Patriotique Rwandais-Inkotanyi) a contrôlé le lieu où nous étions.

A l’arrivée du FPR-Inkotanyi, nous avons été regroupés au stade Amahoro, Hutu et Tutsi confondus, tous exposés aux bombardements car les combats faisaient rage entre l’APR (Armée Patriotique Rwandaise) et les ex-FAR (Forces Armées Rwandaises). Ensuite, nous avons été transférés à Byumba pour nous éloigner de la zone.

En juillet, après la victoire du FPR-Inkotanyi et l’arrêt du génocide partout dans le pays, je suis retournée dans mon ancien quartier de résidence : personne de ma famille n’avait été épargné.
J’ai commencé toute seule la lutte pour la survie. J’avais des enfants qui devaient vivre du fruit de mes efforts.
Ma maison n’avait pas été trop endommagée mais j’étais incapable de la retaper. J’ai installé une petite table devant la maison pour la vente d’aliments tels que des tomates, quelques kilos de farine de manioc, du sorgho, un peu de légumes et d’autres fruits.

Plus tard, j’ai bénéficié de l’assistance de 30.000 francs rwandais, accordés par l’AVEGA (Association des Veuves du Génocide) sous forme de crédit remboursable.
Actuellement, il ne me reste que 3.000 francs rwandais à rembourser. Pour rembourser ce prêt, j’ai trop serré la ceinture mais ma conscience est actuellement tranquille puisque je n’ai pas été malhonnête envers l’association. Celle-ci m’aide beaucoup.

Je suis enregistrée dans le programme de conseils en traumatisme. C’est grâce aux conseils reçus du programme que j’ai été convaincue de passer le test de dépistage du VIH/SIDA, alors que maintes fois, j’avais eu des hésitations.
Malheureusement, la réponse a été positive. En apprenant les résultats, j’ai presque perdu la tête.

Plusieurs mois après, j’ai compris que je devais garder mon courage et poursuivre mes activités pour ma survie.

Témoignage recueilli à Kigali le 23 avril 2002,
Par Pacifique Kabalisa.