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Témoignage V087

Un milicien a monté la garde devant sa maison pour que chaque jour ils puissent venir abuser d’elle.

Avant le génocide, j’habitais à Muhima, dans la commune de Nyarugenge, à Kigali-ville. J’avais 32 ans ; j’étais mariée à un commerçant de la ville de Kigali. Nous avions deux enfants : une fille et un garçon. Je n’avais pas d’emploi précis ; je restais à la maison mais quelques fois, j’allais assister mon mari dans son commerce.

Le 7 avril 1994, juste le lendemain de la mort de Habyarimana, les tueries ont commencé dans notre quartier. Mon mari a été tué deux jours après, c’est-à-dire le 9 avril.
Des miliciens sont venus à la maison et ils l’ont emmené avec eux à la barrière qui se trouvait près de chez nous, avec comme prétexte qu’ils allaient contrôler la sécurité du quartier.
Mais quelques heures après, ils l’ont tué, disant qu’il était complice des Inyenzi.

J’ai commencé à me cacher chez des familles Hutu mais je changeais souvent de cachette ; chaque fois que je remarquais qu’on en avait assez de moi, je partais trouver refuge ailleurs.
Après avoir fait le tour de beaucoup de familles Hutu qui ne voulaient pas m’héberger et qui me regardaient d’un œil méchant, je me suis décidée à rentrer chez moi et à y attendre la mort.

Les Interahamwe ont vite su que j’étais revenue chez moi. Ils sont passés en grand nombre pour me violer et ils le faisaient à tour de rôle.
A l’entrée de chez moi, ils avaient désigné un milicien chargé de m’empêcher de m’évader. Chaque jour, je recevais une dizaine de miliciens qui entraient dans l’unique intention d’abuser sexuellement de moi.
Pendant tout un mois, j’ai mené cette vie cruelle. Je m’en suis sortie avec la prise de Kigali par les Inkotanyi au mois de juillet.

Je suis restée dans le même quartier, dans la même maison. Cette dernière ne nous appartenait pas, raison pour laquelle elle n’a pas été détruite ; elle appartenait à un Hutu.
Après le génocide, celui-ci s’était exilé et j’ai gardé sa maison.

Mes enfants étaient toujours en vie et j’essayais de me débrouiller avec la vente de petites choses pour notre survie.

En 2000, j’ai attrapé une pneumonie. J’ai été hospitalisée et dans la même période, j’ai passé le test de dépistage du VIH/SIDA. J’étais séropositive.
Depuis lors, je suis découragée. Je me sentais profondément désespérée et mon commerce ne marchait plus comme avant.

Grâce au service de conseils en traumatismes de l’AVEGA (Association des Veuves du Génocide), j’ai repris petit à petit le goût de vouloir affronter la vie à nouveau. J’ai reçu une assistance de 30.000 francs rwandais de crédit remboursable.
Jusqu’à présent, j’ai pu seulement payer 7.000 francs rwandais alors que le délai de remboursement est largement dépassé.
Une telle situation affecte mes relations avec l’AVEGA qui me met sur la liste de ceux qui n’ont pas honoré leurs engagements. Cela me dérange beaucoup, puisque je suis reconnaissante et je sais que l’AVEGA m’a beaucoup aidée.

Si je pouvais trouver une assistance, je rembourserais d’abord ce prêt avant d’augmenter mon capital de commerce.
J’ai eu la chance d’avoir un bon emplacement pour le commerce : j’ai une place dans le kiosque en face du CHK (Centre Hospitalier de Kigali) mais je n’ai pas assez de produits.

Témoignage recueilli à Kigali le 22 avril 2002,
Par Pacifique Kabalisa.