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Témoignage V091

Les hommes étaient tués ; les femmes constituaient le butin de guerre.

Au moment du génocide, j’avais 33 ans. J’habitais à Gahini, dans la préfecture de Kibungo et j’étais mariée. Mon époux était commerçant à Kibungo. Nous avions un seul enfant, un garçon. Je n’avais pas de métier spécifique ; je restais à la maison et je vivais du travail de mon mari.

En date du 7 avril 1994, des miliciens Interahamwe sont venus chez nous et ont tué tous les hommes Tutsi du quartier. Ils disaient que les femmes n’avaient pas d’appartenance ethnique et qu’ils allaient donc nous prendre comme butin de guerre. Ils nous ont mis à leur disposition pendant quelques jours. Ils abusaient de nous sexuellement.

Les Inkotanyi sont arrivés dans notre région quelques jours plus tard. S’ils avaient tardé, ils auraient constaté une situation encore plus dramatique. Au mois de mai, le calme régnait chez nous, au moment où le génocide battait son plein dans d’autres régions du pays.
En juillet, j’ai eu la chance de retrouver un frère qui était rentré du Burundi. Il m’a beaucoup aidée pour démarrer mon petit commerce. Nous sommes allés nous installer à Gikondo, dans la commune de Kicukiro, à Kigali-ville.

En 1995, je me suis remariée. J’ai eu deux enfants mais la chance ne m’a pas souri : mon mari qui était militaire est mort au champ de bataille en RdC (République démocratique du Congo – ex-Zaïre).
Depuis, la vie à Kigali m’est devenue étrange. Ma santé se détériore petit à petit. Je suis séropositive, ce qui a accentué ma désolation.

J’ai besoin d’une assistance pour pouvoir redémarrer mes activités de petit commerce de vivres et surtout, pour exploiter mes champs à la campagne, étant donné que la vie à Kigali est très chère.

Témoignage recueilli à Kigali le 23 avril 2002,
Par Pacifique Kabalisa.