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Témoignage V103

Son violeur est en prison.

J’avais 29 ans au moment du génocide. Mon mari était cultivateur. Nous vivions au même endroit qu’aujourd’hui. Nous avions deux enfants et pendant le génocide, j’étais enceinte du troisième. Chez nous, les massacres ont débuté le 8 avril 1994.

La veille, les Tutsi avaient commencé à fuir car on sentait l’insécurité : les maisons brûlaient sur les collines voisines et des Hutu s’étaient mis à piller les biens des Tutsi. De mon côté, j’ai fui vers la maison d’un voisin Hutu, qui est maintenant en prison. J’avais mes deux enfants avec moi. La famille nous a accueillis pour une nuit et lendemain, nous avons du partir car les Interahamwe venaient fouiller dans les maisons des Hutu.

S’ils nous avaient trouvé là, ils nous auraient assassinés en même temps que ceux qui nous avaient donné refuge. Nous sommes alors allés nous cacher dans les champs de sorgho, mais un Interahamwe n’a pas tardé à découvrir notre cachette.

Un voisin m’a emmenée chez lui et mes enfants nous ont suivis. Chez lui, il m’a violée, il nous a enfermés puis et il est parti.
Plus tard, une famille Hutu qui savait que nous étions enfermés est venue démolir la porte et nous a fait sortir de là. Nous avons vécu avec elle jusqu’à l’arrivée des Inkotanyi.

Plus tard j’ai mis au monde un enfant bien portant.

Avant de me violer, cet homme m’a sérieusement battue, de sorte qu’aujourd’hui encore, je souffre des séquelles de ces coups. Je n’arrive plus à faire des travaux lourds et je n’ai personne pour m’aider car mes trois enfants vont à l’école.

Je ne bénéficie d’aucune assistance. Je ne suis pas membre de l’association AVEGA (Association des Veuves du Génocide) car je n’ai pas d’argent pour la cotisation.

Quand j’en ai la force, je cultive les champs de la famille de mon mari - aucun des siens n’a survécu au génocide - et ainsi, nous pouvons survivre, mes enfants et moi.
Je suis pauvre et je n’ai pas les moyens de faire le test de dépistage du VIH/SIDA.

Juste après le génocide, je me suis fait construire une maison. Malheureusement, elle n’est pas étanche car je n’ai pas de tôles pour le toit. Alors, j’ai utilisé les feuilles de bananiers pour couvrir la toiture.

J’aimerais avoir une maison et un soutien matériel car je suis obligée de tout faire seule alors que je n’en ai pas la force.

Quand j’ai su que l’homme qui m’avait violée était en prison, je suis allée témoigner contre lui et jusqu’aujourd’hui, il est toujours emprisonné.

Témoignage recueilli à Byumba le 28 avril 2002,
Par Pacifique Kabalisa.