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Témoignage V104

Après le viol et l’avortement elle est restée là, à attendre la mort.

J’avais 49 ans au moment du génocide. Mon mari était cultivateur et avait un petit commerce. Nous avions trois enfants et j’étais enceinte du quatrième. On vivait assez bien matériellement.

Le 7 avril 1994, mon mari est rentré tard dans la nuit ; il avait l’air préoccupé. Quand je lui ai demandé ce qui n’allait pas, il m’a répondu : « Les Hutu vont tous nous achever ».

Au moment où nous allions passer à table, nous avons entendu les pas de plusieurs personnes qui s’approchaient de notre maison. Nous avons immédiatement fui en passant par la porte de derrière. Mon mari est monté sur un avocatier tandis que moi et le plus petit de mes enfants sommes allés dans les plantations de sorgho. Nos autres enfants ont chacun fui de leur côté.

Ce groupe a pillé tout ce qui se trouvait dans notre maison. A travers le sorgho, j’ai vu quelques-uns de ces tueurs.
Depuis ce jour, je ne suis jamais retournée chez moi. Le lendemain on a détruit ma maison. Dès lors, je me suis cachée soit dans les buissons, soit dans les champs de sorgho.

Un jour, à l’aube, un voisin Hutu m’a trouvée et m’a battue en me demandant où était caché mon mari. J’ai répondu que je ne savais pas où il était. Il m’a alors donné un coup de pied au bas-ventre et je suis tombée sur les genoux. Il m’a ensuite poussée pour que je me couche sur le dos et il m’a brutalement violée.

Il allait me tuer quand un autre Interahamwe est apparu et lui a dit qu’ils devaient plutôt aller chercher mon mari pour l’assassiner. Ils ont pris le sac que je portais sur moi contenant quelques vêtements et ils s’en sont allés. Ils ont finalement découvert et assassiné mon mari.

La nuit, j’ai beaucoup saigné et j’ai avorté. Je ne savais plus me déplacer et je suis restée sur place en attendant la mort. Après quelques jours (je ne me souviens pas de la date exacte, mais c’était moins d’une semaine après l’avortement), les Inkotanyi sont arrivés chez nous. Nous étions sauvés.

Mes trois enfants et moi avons d’abord vécu dans une maison appartenant aux Interahamwe enfuis.
Plus tard, j’ai pu faire construire une maison sur notre terrain où je vis avec ma fille cadette, qui est en cinquième primaire. Mes deux autres filles se sont mariées.

Je n’ai pas d’argent pour faire le test de dépistage du VIH/SIDA. Je ne sais pas si je souffre du SIDA. Je suis malade et je n’ai pas la force d’exploiter mes terrains. Je souffre souvent de maux au bas-ventre.

En ce qui concerne l’assistance octroyée, à part le FARG (Fonds national pour l’Assistance aux Rescapés du Génocide) qui m’a donné une carte pour les soins de santé, je ne bénéficie d’aucune autre aide.
Pour vivre, je fais louer nos champs.

Je voudrais avoir un soutien matériel pour faire construire une cuisine, l’autre est presque écroulée et je suis trop pauvre pour le faire moi-même.

Témoignage recueilli à Byumba le 28 avril 2002,
Par Pacifique Kabalisa