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Témoignage V110

Elle remercie Dieu de ne pas être enceinte ou malade suite aux viols.

J’avais 24 ans au moment du génocide. En avril 1994, les gens de Gikongoro sont venus chercher refuge chez nous en disant que chez eux, il y avait des problèmes de sécurité.

Quelques jours plus tard, les Interahamwe ont commencé à tuer les Tutsi dans notre localité, sans faire de distinction.
Puis, un jour, le conseiller a ordonné qu’on arrête de tuer les femmes et les filles. Les Interahamwe ont alors continué de tuer les hommes et les garçons et ils ont laissé les filles et les femmes. En revanche, ils les violaient.

Durant cette période là, mon père, mes frères et sœurs ont été assassinés. Je suis restée seule avec ma mère. Au lieu de rester dans la maison, j’ai préféré aller me cacher derrière. Les tueurs ont demandé à ma mère où j’étais, parce qu’ils voulaient abuser de moi.
Parmi les Interahamwe qui sont souvent venus chez nous, j’ai reconnu la voix d’un homme. Il a menacé de tuer ma mère si elle ne me livrait pas à lui. Elle a répondu qu’elle ne savait pas où j’étais.

Quand je me suis rendu compte que les Interahamwe savaient où je me cachais, j’ai décidé de chercher un autre refuge. Je suis allée dans les maisons de nos voisins Hutu. Mais quand ceux-ci en avaient assez de moi, ils me disaient de m’en aller. Je partais alors à la recherche d’une autre cachette. Et ainsi de suite.

Je me suis fait violer par un homme Hutu chez qui je m’étais réfugiée. Nous avons vécu ensemble pendant une semaine. Il était violent avec moi et il disait expressément des choses blessantes. Dieu merci, il ne m’a pas mise enceinte et je n’ai rien attrapé comme maladie, suite à ces viols.

Quand les Inkotanyi sont venus, cet homme s’est enfui vers le Burundi et là-bas, il a volé et on lui a coupé les bras. A son retour au pays, on l’a emprisonné.

J’ai pu obtenir une maison dans le village construit par le Rotary club et j’y vis avec mon mari, qui m’aide à cultiver les champs.
Avant, je vivais dans mon village natal et j’avais des problèmes de sécurité. Pour le moment, comme je vis dans un centre, tout va bien.
Le FARG (Fonds National pour l’Assistance aux Rescapés du Génocide) nous a donné une carte pour les soins de santé.

Mon souhait serait d’avoir des chèvres ou des vaches pour avoir du fumier afin de l’utiliser sur les champs.

Témoignage recueilli à Butare le 24 octobre 2002,
Par Pacifique KABALISA.