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Témoignage V119

Elle a peur de faire le test de dépistage du sida.

J’avais 30 ans au moment du génocide. J’étais mariée et j’habitais la commune de Nyamagabe. Mon mari était agriculteur et nous avions eu six enfants, mais deux parmi eux sont décédés suite à des maladies. Au moment du génocide, j’étais enceinte.

Je ne me souviens pas très bien de la date du début des massacres dans notre localité. Mais nous avons vu les maisons de l’autre côté de la colline brûler et nous avons fui.
Mon mari s’est enfui vers Murambi ; c’est là qu’il a été assassiné.
Les enfants et moi sommes allés nous réfugier à Nzega, où habitait ma sœur, qui était mariée à un Hutu.

Nous avons vécu quelque temps là-bas et vers le 25 avril, un groupe de tueurs est venu nous chercher. Ils savaient que nous étions cachés chez ma sœur et ils nous ont emmenés dans les buissons. Ils ont pris deux de mes enfants – les garçons – et de mon côté, je suis restée avec trois de ces assassins.
J’avais un enfant au dos, tandis que les autres étaient restés chez leur tante. Ces tueurs voulaient tous me violer ; le premier a commencé à le faire.

Au moment où il a terminé, le groupe d’Interahamwe est revenu, après avoir assassiné mes enfants. Ils voulaient me tuer à mon tour. Ils se sont mis à me battre. Je me souviens que l’un d’entre eux m’a frappée avec un gourdin sur la tête. J’ai perdu connaissance et quand je suis revenue à moi, les tueurs n’étaient plus là. J’ai eu peur qu’ils ne me retrouvent chez ma sœur et je suis partie demander refuge chez un homme Hutu.

Cet homme m’a cachée pendant quatre jours, puis il m’a emmenée chez un autre homme car il avait peur que son fils, un Interahamwe de grand renom, me tue. Ce deuxième homme nous a cachés, mon enfant et moi, jusqu’à la fin du génocide.

Vers le mois d’août 1994, j’ai mis au monde un enfant bien portant. Je vivais dans une maison en mauvais état. Plus tard, la Caritas a construit des maisons pour les pauvres, parmi lesquelles était ma vieille mère.
Elle a reçu une maison et nous avons vécu un peu de temps ensemble.

Un projet, dont le nom m’échappe, a construit une agglomération et j’ai eu la chance d’y recevoir ma maison. Maintenant, j’y vis avec deux de mes enfants car un autre est mort suite à un accident de la route.
J’essaie de nous faire survivre en exploitant nos terrains, mais ils ne sont plus fertiles. Je suis obligée de cultiver pour les autres, afin de gagner notre survie. On me donne 200 francs rwandais par jour de travail.

Le FARG (Fonds National pour l’Assistance aux Rescapés du Génocide) m’a donné une carte pour les soins de santé.
Je fais partie de l’association AVEGA (Association des Veuves du Génocide) mais je ne bénéficie d’aucune aide de sa part.

J’ai peur d’aller faire un dépistage ; je ne sais donc pas si j’ai le SIDA.

J’aimerais avoir du bétail pour récupérer du fumier. Je n’ai pas de latrine ni de cuisine. En peu de mots, je suis pauvre.

J’allais oublier de signaler que j’ai témoigné contre tous ces malfaiteurs et bien évidemment, je ne m’entends plus avec leur famille. La mère de cet assassin qui m’avait violement frappée avec son gourdin me cause beaucoup de problèmes, car son fils a été libéré et c’est mon témoignage qui l’avait fait emprisonner.

Témoignage recueilli à Gikongoro le 3 mars 2003,
Par Pacifique Kabalisa.