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Témoignage V131

L’insécurité étant encore très vive, c’est en 1998 qu’elle a été violée par des militaires.

J’avais 26 ans lors du génocide. J’étais à la maison. Dès le début, nous avons fui et nous nous sommes cachés dans la brousse. Peu après, nous avons rejoint la colline voisine sur laquelle se situait l’école secondaire de Gihundwe.

Nous avons vécu dans cette école pendant quelques jours. Et nous avons vu les Interahamwe venir massacrer les Tutsi qui s’y étaient réfugiés. Face à cela, nous avons quitté l’école et nous sommes allés au stade Kamarampaka.

Là aussi, les réfugiés étaient assassinés de manière sporadique. C’est là que mon mari a succombé. Nous avions ensemble trois enfants, qui ont tous survécu. Aujourd’hui, j’en ai quatre ; j’ai eu un enfant après le génocide.

Nous avons continué à vivre dans ce stade. Certains réfugiés partaient chercher refuge ailleurs mais moi, comme j’avais de petits enfants, je ne pouvais pas me déplacer facilement et j’ai tenu bon.

Après un certain temps, les autorités locales nous ont emmenés à Nyarushishi et les massacres sporadiques ont continué, jusqu’à ce que les français arrivent dans le camp de Nyarushishi au mois de juin.

Nous sommes retournés chez nous après l’arrivée des Inkotanyi en octobre. Chacun a reçu une tente et est rentré. J’ai eu peur d’aller habiter dans les décombres de ma maison, à cause des tueurs qui étaient encore en liberté. J’ai donc décidé d’aller loger dans la cellule voisine de Giheke.

Au mois de février 1995, je suis retournée vivre chez nous. J’ai construit une petite maison et peu après, une ONG appelée SNV (Netherlands Development Organisation) m’en a construit une autre. J’y vivais avec un sentiment d’insécurité et dans de très mauvaises conditions.

A l’hôpital, il y avait des militaires qui campaient et celui qui voulait une femme allait la chercher dans notre village. Quand j’étais dans cette petite maison, j’ai été violée par des militaires ; il m’était impossible de refuser leur demande.
Par la suite, j’ai eu un enfant dont je ne connais pas le père, qui a quatre ans aujourd’hui. Il doit être d’un des militaires mais je ne sais pas duquel, car j’ai eu des rapports avec plusieurs.

J’ai pensé à me faire examiner, parce que je suis tombée malade et je craignais d’avoir attrapé le SIDA. J’ai passé le test de dépistage du VIH/SIDA à l’hôpital de Gihundwe et les résultats étaient positifs.

J’ai été aidée par l’AVEGA (Association des Veuves du Génocide) pour payer les frais des examens. Après avoir appris la nouvelle, j’ai eu très peur et beaucoup de soucis. Je me suis demandé, en premier lieu, où j’allais laisser mes enfants. Ils sont encore très jeunes : l’aîné est né en 1989, le suivant en 1991, l’autre en 1994 et le dernier en 1999. Je n’ai pas pris de médicaments pour la prévention des maladies opportunistes, ni d’antirétroviraux. Je ne sais même pas où ils sont distribués.

Nous vivons de la récolte de mes champs ; c’est très peu pour nourrir toute la famille. J’ai un autre orphelin de 20 ans à ma charge qui vit à la maison. Je suis aidée moralement par l’AVEGA, car elle nous donne des conseils mais jusqu’à aujourd’hui, elle ne nous a pas donné d’aide matérielle.

Dernièrement, nous avons élaboré avec l’AVEGA des petits et moyens projets pour obtenir des microcrédits. La Première Dame a mis, dans toutes les banques populaires, un fonds de garantie pour que nous obtenions ces microcrédits. Nous allons rembourser avec un intérêt de 12 %, au lieu de 16 %, comme le font les autres.

Le FARG (Fonds National pour l’Assistance aux Rescapés du Génocide) ne me donne aucune aide, mais je suis en train de faire les démarches pour obtenir la carte d’accès aux soins médicaux. J’ai une maladie que je n’ai jamais eue : des écoulements provenant du vagin, qui provoquent des irritations. Je souffre également de douleurs dorsales.

Si je pouvais bénéficier d’une aide, je souhaiterais avoir des médicaments pour la prévention des maladies opportunistes. L’autre problème à résoudre est celui de ma maison : elle va tomber tôt ou tard car elle n’est pas du tout solide. Sa durée n’est pas garantie et j’ai besoin de la restaurer.

Du reste, pour subvenir aux besoins de tous les jours, je souhaiterais réaliser un projet de commerce : je placerais une boutique tout près de l’hôpital où il y a pas mal de clients. Je pense qu’elle serait rentable.

Témoignage recueilli à Cyangugu le 6 mars 2003,
Par Pacifique Kabalisa.