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Témoignage V139

Handicapée suite aux coups reçus, elle a aussi le sida mais manque d’informations sur cette maladie.

J’avais 54 ans au moment du génocide. Lorsque nous avons entendu que les Tutsi étaient en train d’être massacrés, nous nous sommes réfugiés dans l’église catholique de Shangi.

En cours de route, lorsque nous sommes arrivés à Kirundi, les femmes et les jeunes filles ont été violées. Quand nos violeurs se sont sentis satisfaits, ils sont partis. Je ne sais pas combien de personnes m’ont violée ; ce que je sais, c’est qu’ils étaient nombreux.

Après le génocide, une ONG qui s’appelle SNV (Netherlands Development Organisation) m’a construit une maison dans laquelle je vis aujourd’hui. Cette ONG a beaucoup soutenu les survivants du génocide en matière de construction de maisons et de distribution de matériel ménager de base. Pour le moment, je reste seule à la maison et mon petit-fils de trois ans vient passer la nuit avec moi. J’avais deux enfants ; l’un d’eux est mort avec son père pendant le génocide.

Je suis très pauvre. Avant, je vivais de la récolte de ma bananeraie mais pour le moment, elle ne donne plus de bananes. Je dois m’en remettre aux mains de mon fils. Quand il trouve quelque chose, il me le donne et lorsqu’il ne trouve rien, j’essaie chez les voisins.
Je suis devenue handicapée, suite aux coups de machette et de gourdin que j’ai reçus pendant le génocide.

L’AVEGA (Association des Veuves du Génocide) a fait examiner toutes les femmes qui avaient été violées pendant le génocide, et on m’a dit que j’avais le SIDA. Aujourd’hui, je suis très malade mais je ne sais pas si j’ai encore cette maladie dont on m’a parlé.
Je me fais soigner à chaque fois que je me sens malade mais je n’ai jamais dit au médecin que j’avais le SIDA. Je pense qu’il va lui-même s’en apercevoir ou qu’il l’a déjà guéri.

J’ai une carte d’accès aux soins médicaux payés par le FARG (Fonds National pour l’Assistance aux Rescapés du Génocide) et l’AVEGA m’aide à contenter certains besoins primaires. Je suis souvent hospitalisée à cause des maladies incessantes, alors que je n’ai personne qui peut m’accompagner à l’hôpital. Je n’ai pas pris les médicaments pour soigner les maladies opportunistes ; je ne les connais même pas. Ou bien, le médecin m’en a donné, je n’en sais rien.

Je ne suis utile en rien. Je ne peux faire aucun projet générateur de revenus mais si j’avais une vache, mon fils m’aiderait à l’élever et comme ça, j’aurais du lait sans devoir l’acheter.

Témoignage recueilli à Cyangugu le 6 mars 2003,
Par Pacifique Kabalisa.