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Témoignage V145

Des gens de sa paroisse l’aident à se nourrir.

J’avais 25 ans au moment du génocide. Avant le génocide, j’étais mariée et mère d’un enfant. Le génocide m’a frappée à Munyove. Les génocidaires ont commencé par tuer les hommes et les garçons mais comme j’étais instruite, j’étais moi aussi recherchée par ces tueurs.

Je me suis réfugiée à l’église pentecôtiste de Shagasha. Les autorités locales nous ont dit de rentrer chez nous car, disaient-elles, les femmes ne seraient pas massacrées. Nous sommes rentrées et toutes les femmes sont venues loger chez moi.

Le lendemain, à une heure du matin, les miliciens nous ont attaquées à la maison. Ils nous ont demandé d’ouvrir la porte et nous avons refusé. Ils ont fracassé la porte et sont entrés. Ils m’ont cherchée pour me demander de l’argent mais je n’avais aucun sou sur moi. Ils se sont mis à chercher ce qu’ils allaient pouvoir voler et je me suis échappée.

Je suis allée me cacher chez un Hutu qui était un ami de mon mari ; il était devenu un Interahamwe renommé. Quelques jours plus tard, il m’a chassée et je suis allée loger chez un autre ami. J’ai vécu là jusqu’à la fin du génocide.

Après le génocide, j’ai trouvé un job d’assistante sociale à Gikongoro. J’ai vécu là-bas avec un homme qui par après, a été muté à Byumba. Dès lors, nous avons rompu notre relation, puisque je ne pouvais pas le suivre à Byumba et que nous n’étions pas mariés légalement.
Nous avions un enfant.

J’ai appris que j’étais séropositive en 2003, quand je suis allée voir le médecin pour une autre maladie. Je pense que j’ai contracté le SIDA bien avant le génocide car mon enfant aîné, âgé de 11 ans, est également séropositif. Je l’ai fait examiner après avoir appris que j’avais contracté le SIDA.

La maison dans laquelle nous vivons m’appartient, je l’ai achetée dans un village construit après le génocide. Elle n’est pas bien aménagée. Je n’ai, de toutes les façons, pas les moyens de le faire pour le moment.
Je n’ai plus la force de travailler et mon petit frère, avec qui nous vivons, a abandonné l’école et est devenu vagabond.

Je me nourris de ce qui vient de mes champs qui sont exploités par des gens de ma paroisse qui le font pour m’aider.

Je n’ai pas encore reçu d’assistance de l’AVEGA (Association des Veuves du Génocide) ; je me suis affiliée récemment. Je n’ai pas non plus la carte d’accès aux soins médicaux donnée par le FARG (Fonds National pour l’Assistance aux Rescapés du Génocide), mais j’ai déjà commencé les démarches pour la recevoir. Tout au début, quand on a commencé à distribuer ces cartes, j’étais fonctionnaire et je n’en avais pas vraiment besoin.

Je n’ai pas pris de médicaments pour la prévention des maladies opportunistes mais quelqu’un m’a dit qu’on ne pouvait pas les prendre quand on avait la tuberculose et j’en souffre pour le moment.

Je souhaiterais avoir des antirétroviraux et les moyens de faire soigner les maladies opportunistes, surtout les maladies de peau. J’aurais également besoin d’un soutien pour mes enfants qui n’ont personne pour les aider.

Témoignage recueilli à Cyangugu le 4 août 2002,
Par Pacifique Kabalisa.