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Témoignage V152

Son mari est aussi un rescapé du génocide donc il la comprend.

J’avais 23 ans au moment du déclenchement du génocide. J’étais au Rwanda dans la cellule de Kinihira, dans le secteur de Rubare, l’ex-commune de Giciye. J’étais mariée. Mon mari a été assassiné dès le début du génocide.

Je me suis cachée chez un voisin Hutu mais comme je me trouvais chez des amis, les tueurs m’ont découverte. Alors, mes amis m’ont envoyée chez d’autres amis à eux que je ne connaissais pas.

Les militaires des ex-FAR (Forces Armées Rwandaises) sont venus fouiller cette maison pour voir s’il y avait des Tutsi et ils m’y ont trouvée. Ils m’ont conduite dans la brousse pour me violer. Ils l’ont fait à deux. Comme les gens qui m’hébergeaient ne me connaissaient pas outre mesure, ils n’ont pas essayé de me défendre. Ils n’ont pas réagi.

Après m’avoir violée, les militaires m’ont laissé retourner à la maison en me disant que j’allais être tuée par d’autres. Alors je me suis décidée à aller rejoindre les autres réfugiés Tutsi qui étaient à Nyundo, avant de partir ensemble en direction de Goma dans l’ex-Zaïre.

Je connaissais celui qui m’a violée le premier : il était mon voisin. Il m’a dit que nous avions refusé d’épouser des Hutu et qu’ils devaient donc coucher avec nous de force. Ce premier homme m’a frappée brutalement. Il m’a fait perdre connaissance.

Quand je me suis réveillée, j’ai vu le deuxième au-dessus de moi et j’ai aussitôt entendu les coups de sifflet. Quand ils étaient en train de me violer, chacun assistait à l’acte de l’autre. Il me semble que le deuxième était pressé parce qu’on venait de dénicher des Tutsi dans la brousse d’à côté et il s’est précipité pour voir comment on les massacrait.

Même s’ils m’ont laissé retourner à la maison, je n’ai pas quitté l’endroit jusqu’à la tombée de la nuit. Je ne savais pas marcher. J’ai tenté de quitter cet endroit la nuit, pour aller à Nyundo. Je suis retournée au Rwanda à la fin du génocide.

Je me suis remariée en 1995 et j’ai vécu avec mon mari pendant trois ans et quelques mois avant de me décider à faire un enfant. Cela a pris du temps. J’ai d’abord dû me faire soigner. Nous vivions alors à Gisenyi et nous avons été ensuite contraints d’immigrer pendant la période où il y avait des infiltrés dans le nord-ouest du pays.

Encore aujourd’hui, j’ai des douleurs abdominales et mes menstruations sont très irrégulières. Je ne sais pas si ce sont des conséquences du viol car le médecin ne m’en a rien dit.

Concernant l’assistance, le FARG (Fonds National pour l’Assistance aux Rescapés du Génocide) m’accorde les frais des soins médicaux mais il ne touche pas à d’autres domaines.
Je m’occupe de quatre orphelins, qui étudient et dont le minerval et les frais de soins médicaux sont payés par le FARG. L’assistance du FARG n’est pas suffisante, mais je sais qu’ils n’ont pas assez de moyens pour satisfaire les besoins de tous les rescapés.

Mon mari est comme moi, un rescapé du génocide. Il est originaire de Gisenyi. Il sait ce qui m’est arrivé pendant le génocide. Il y est sensible et il me comprend très bien parce qu’il était lui aussi au Rwanda durant la période du génocide. Ça n’a pas été une cause de mésentente entre nous deux.

Comme appui, j’aurais besoin d’une maison parce que pour le moment, nous louons une maison et je ne pense pas que nous serons en mesure de payer le loyer chaque mois.

Si possible, je souhaiterais aussi avoir une somme d’argent pouvant me permettre d’entreprendre un petit projet de commerce qui puisse m’aider à subvenir aux besoins de ma famille. Mon mari n’a pas d’emploi. Notre travail à l’hôpital a été suspendu et nous sommes déjà dans la période de préavis.

Au niveau des soins médicaux, le FARG ne collabore qu’avec l’hôpital universitaire de Butare et quand nous ne trouvons pas les médicaments prescrits dans la pharmacie de l’hôpital, nous sommes obligés d’en acheter nous-mêmes.

Témoignage recueilli à Butare le 25 octobre 2002,
Par Pacifique Kabalisa.