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Témoignage V158

Après de nombreux viols, elle a perdu le courage de résister et de fuir.

J’avais 23 ans au moment du génocide. Avant le génocide, précisément au cours de l’année 1992, je m’étais mariée. Mon mari était mécanicien. Nous vivions à Kigali et nous avions un enfant. Je me souviens que deux semaines avant le début des massacres, j’étais allée à Kiramuruzi pour montrer mon enfant, qui venait d’avoir deux mois, à ma famille.

Dans ma famille, nous étions dix frangins. Huit sont décédés suite à différentes maladies. Le lendemain de la mort de Habyarimana, les massacres ont débuté à Kiramuruzi.

Ce jour-là, ma mère et moi avons décidé de rester à la maison, croyant que rien ne pourrait arriver aux femmes et aux enfants. Effectivement, les Interahamwe sont venus chez nous et au lieu de nous tuer, ma vieille mère et moi, ils nous ont violées. Il paraît qu’ils avaient reçu l’ordre de violer les femmes avant de les assassiner.

Beaucoup d’hommes m’ont violée, j’en connais certains. Parmi eux, il y en a qui sont en prison pour le moment, d’autres sont morts après le génocide, d’autres encore ont été libérés soit par corruption, soit suite au communiqué présidentiel du 01 janvier 2003.
Il y a aussi ceux qui ont fui le pays et dont nous ignorons maintenant la destination.

Ces hommes ont abusé de moi sans pitié. Ils me trouvaient à la maison et me violaient sous le regard de ma mère. J’ai essayé d’aller me cacher dans les buissons mais là aussi, à chaque fois qu’ils découvraient ma cachette, ils me violaient de façon brutale.

J’ai quitté les buissons pour aller me réfugier chez un voisin Hutu. Il m’a chassée. Je me suis réfugiée chez une autre connaissance mais malheureusement, un Interahamwe a su, par je ne sais quel moyen, que je me trouvais là.

A partir de ce moment-là, il venait me chercher à chaque fois qu’il voulait me violer. Il m’a dit que je devais coucher avec lui si je désirais continuer à vivre. Et j’ai vécu chez cette connaissance-là jusqu’à la fin des massacres.

Avant que les Inkotanyi n’arrivent, cette famille chez qui je m’étais réfugiée a fui de son côté et à mon tour, j’ai été contrainte de prendre la route.
En chemin, j’ai croisé un Hutu, qui m’a prise pour femme. Il en avait deux autres. Il m’a emmenée jusqu’en Tanzanie et après un certain temps, nous sommes revenus ensemble. Durant notre séjour en Tanzanie, j’ai souffert de gonorrhée. Je me suis fait soigner sur place.

A notre retour, j’étais enceinte et cet homme m’a demandé de rester avec lui. Je n’avais pas d’autre choix. Je n’avais plus le courage de vivre. J’avais appris que mon mari n’avait pas survécu au génocide.

Après avoir mis cet enfant au monde, j’ai dit à cet homme que je ne pouvais plus rester à ses côtés. Il ne m’a pas retenue, mais il m’a promis de m’assister pour l’enfant, bien qu’il n’ait pas tenu sa promesse.

Pour le moment, je vis avec mes deux enfants et les deux orphelins de ma grande sœur dans une maison que je loue et dans laquelle je tiens un salon de coiffure pour dames.

Je ne bénéficie d’aucune assistance. En plus du travail que j’accomplis, je fais cultiver les champs appartenant à mes parents. De cette façon, j’arrive à nous faire vivre mes enfants, ma mère et moi.

J’ai fait le test de dépistage du VIH/SIDA mais je n’ai pas osé récupérer les résultats. J’ai une peur terrible d’avoir attrapé le SIDA. Heureusement, je ne me sens pas malade. Mais je souffre d’insomnie.
Je n’ai pas de carte du FARG (Fonds National pour l’Assistance aux Rescapés du Génocide) pour l’accès aux soins médicaux. Dernièrement, je suis tombée gravement malade et c’est le bureau du district qui a dû payer les frais d’hôpital.

J’aimerais avoir un crédit pour pouvoir acheter du matériel à utiliser dans le salon de coiffure. J’ai aussi besoin d’une maison car celle dans laquelle j’habite et travaille est chère.

Témoignage recueilli à Murambi le 25 février 2003,
Par Pacifique Kabalisa.