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Témoignage V159

Ses trois violeurs sont en prison, pour le moment.

J’avais 23 ans au moment du génocide. J’ai toujours vécu à Kiramuruzi. Avant le génocide, j’étais mariée à un agent de la Croix-Rouge. Le matin du 7 avril 1994, j’ai appris la mort de Habyarimana par la radio.

Je m’étais résolue à rester à la maison car mon mari était absent. Il y revenait certains jours, mais la plupart du temps, il restait à son travail. A ce moment-là, j’étais enceinte de huit mois.

Le lendemain, l’insécurité est devenue visible et j’ai décidé de rentrer sur ma colline natale. Mon père y vivait avec sa deuxième épouse car ma mère était décédée de nombreuses années auparavant.
Quand j’y suis arrivée, mon père et sa femme avaient déjà pris la fuite. Leur maison était à moitié détruite et j’ai eu peur que les Interahamwe m’y retrouvent. Je suis donc allée me cacher dans une bananeraie.

Mon père et sa femme sont revenus la nuit. Ils ont remarqué ma présence et se sont approchés de moi. Mon père n’a pas voulu venir avec nous. Ma belle-mère et moi sommes donc allées seules nous abriter dans les ruines de la maison.

Cette nuit-là, deux Interahamwe sont arrivés chez nous. Ils sont tous les deux en prison pour le moment. L’un a pris ma belle-mère et l’autre s’est emparé de moi. Ces deux hommes nous ont brutalement violées avant de s’en aller.

Nous sommes sorties de ces débris par peur que les autres ne nous surprennent encore une fois et nous tuent. Nous avons continué à nous cacher, ma belle-mère et moi, dans les buissons.

Ensuite, je suis partie chez un voisin Hutu pour demander refuge. Il est en prison pour le moment. Il avait accepté de me cacher, mais quand il est rentré chez lui, le soir, il m’a violée.

Le lendemain, j’ai quitté sa maison et je suis retournée vivre dans les buissons. Et jusqu’à l’arrivée des Inkotanyi, je n’ai pas rencontré d’autres incidents.

Pour le moment, je vis avec mes quatre enfants que j’élève seule. Je cultive les champs appartenant à mes parents pour nous faire vivre.
Avant, nous avions un grand terrain mais l’association IBUKA en a pris une partie et y a construit une agglomération.
Elle ne nous a rien remboursé, à part que ma belle-mère a pu avoir une maison dans ladite agglomération. Elle y vit désormais seule ; mon père a été assassiné pendant le génocide.

Mes enfants et moi vivons dans la maison de mon père, que j’ai retapée quelques temps après les massacres. Je n’ai jamais eu l’occasion de faire un dépistage pour voir si je souffre du SIDA. Je ne bénéficie d’aucune assistance ; je n’ai même pas eu de carte du FARG (Fonds National pour l’Assistance aux Rescapés du Génocide) pour les soins de santé.

Je voudrais avoir un capital pour lancer un petit commerce et élever mes enfants en toute sécurité.

Témoignage recueilli à Murambi le 21 février 2003,
Par Pacifique Kabalisa.