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Témoignage V169

La violence des Hutu était considérable.

J’avais 39 ans au moment du génocide. Ici, les troubles ont débuté en 1990. Les Interahamwe venaient et prenaient des gens. Les uns étaient battus, tandis que les autres étaient emprisonnés et ne revenaient plus.

Quand le génocide de 1994 a commencé, je me trouvais chez moi. Le matin du 7 avril, nous avons appris que Habyarimana avait trouvé la mort dans un accident d’avion et nous avons eu une peur bleue.

Le lendemain entre 9 et 10 heures, les Interahamwe ont envahi la maison d’un homme. Ils ont détruit la clôture et ont tué sa femme. La violence des Hutu a été considérable. Ils ont brûlé les maisons des Tutsi qui se sont alors enfuis vers les buissons ou d’autres cachettes.

Trois de mes six enfants et moi-même avons été obligés de nous cacher dans les champs de sorgho. Comme il pleuvait beaucoup, nous avons été contraints ensuite de rentrer chez nous. Il y avait aussi deux dames, qui avaient rejoint notre cachette et qui sont venues avec nous à la maison.

Immédiatement après notre arrivée, les Interahamwe ont fait irruption. Quand nous avons entendu leurs pas, nous sommes sortis dehors. Les dames ont pu leur échapper mais moi, je suis restée avec les Interahamwe.

Un Interahamwe m’a demandé de coucher avec lui et j’ai refusé. Il m’a blessée avec sa lance à la hanche et je suis ensuite tombée par terre. Il m’a alors violée. J’ai crié très fort.
Deux hommes sont alors apparus, ils ont supplié les Interahamwe de me laisser en vie, ainsi que mes enfants. Après leur départ, nous sommes retournés nous cacher dans les champs de sorgho.
Le lendemain, les Interahamwe ont tué beaucoup de gens, dont mon mari.

Nous avons vécu dans les champs jusqu’à l’arrivée des Inkotanyi. A leur arrivée, nous avons fui le bruit des fusillades.
Plus tard, ils nous ont retrouvés à Kibungo et nous ont ramenés dans un camp à Kabale.

Je ne souffre pas beaucoup des conséquences des viols, mais j’ai des maux de tête.
J’habite avec mes trois enfants dans une maison construite par le FARG (Fonds National pour l’Assistance aux Rescapés du Génocide). Deux de mes enfants sont à l’école secondaire tandis que l’autre est militaire. Il y a deux ans que je ne l’ai plus revu.

Je ne bénéficie pas de beaucoup d’assistance. ACORD (Agency for Cooperation and Research in Development) m’a octroyé des semences de haricots et une houe.
L’AVEGA (Association des Veuves du Génocide) nous a donné du riz ainsi qu’un prêt pour lancer un petit projet. L’AVEGA nous aide pour les soins de santé et elle nous soutient moralement.
Le FARG paie le minerval des enfants qui sont l’école secondaire.

En ce qui concerne la justice, nous ne bénéficions d’aucune aide. Les autorités nous ont sensibilisés sur les Gacaca, mais ces jugements libèrent les détenus. Ainsi, nous ne voulons pas d’assistance en matière juridique car cela ne vaut pas la peine. En effet, presque tous les prisonniers sont libres.

Mon souhait serait d’avoir de l’argent pour lancer un commerce ou pour élever du bétail.

Témoignage recueilli à Murambi le 17 janvier 2003,
Par Pacifique Kabalisa.