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Témoignage V175

Elle élève ses enfants seule car elle ne se sent plus capable de vivre avec un homme.

J’avais 22 ans au moment du génocide. Avant, je vivais avec mes parents dans le secteur de Rwankuba. Je venais de terminer l’école primaire. Le génocide a gagné le secteur de Kiziguro. J’y séjournais pour garder les enfants de ma grande sœur qui était en voyage. Dès 1990, lors de la guerre de libération des Inkotanyi, il n’y a plus eu de sécurité dans notre localité.

Je me souviens qu’en 1991, mes parents ont été grièvement blessés par nos voisins Hutu à coups de machettes. Ils venaient aussi piller nos biens. Nous passions rarement les nuits dans notre maison, nous étions souvent obligés d’aller nous cacher dans les buissons.

Le 7 avril 1994, les véritables massacres ont débuté chez nous. Un voisin Hutu est venu nous dire que les choses étaient sérieuses. Il nous a donné les noms des personnes qu’on avait déjà tuées. Par conséquent, nous nous sommes décidés à fuir, mais chacun de notre côté.

J’ai fui vers les buissons mais malheureusement, quatre hommes ont découvert ma cachette le même jour. Il y avait parmi eux, un instituteur. Je n’ai pas pu reconnaître les autres. Il est parti en me laissant aux trois inconnus.
Ils m’ont battue. L’un d’eux a joint mes bras derrière le dos, un autre m’a tenu les jambes écartées, tandis que le dernier me violait. Ensuite, les deux autres ont pris la relève à tour de rôle.

J’ai beaucoup saigné après ce viol et pendant un certain temps, je ne pouvais plus joindre mes jambes. Je suis allée chez mon beau-frère et j’y ai retrouvé ses quatre enfants, seuls. Je les ai pris et nous sommes allés nous réfugier dans la maison de leur grand-mère paternelle non loin de chez eux.

Nous y avons trouvé leur grand-mère et ses deux filles. L’une d’entre elles était religieuse et l’autre était mariée à un Hutu qui avait été préfet de Gikongoro.
L’épouse du préfet a fait venir une voiture pour venir chercher sa mère qui devait se réfugier à l’église. Nous avons profité de cette occasion pour aller ensemble à l’église de Kiziguro. Là-bas, se trouvaient beaucoup de réfugiés Tutsi.

Quelques jours plus tard, il a envoyé une camionnette pour ramener sa femme et nous avons encore profité de l’occasion pour nous rendre à la paroisse de Rwamagana. Nous y sommes restés jusqu’à la venue des Inkotanyi.
Après le génocide, les Inkotanyi nous ont emmenés à Gahini pour quelques temps. Plus tard, nous sommes rentrés à la maison.

Au départ, j’ai éprouvé de la haine envers les hommes à cause du viol que j’ai subi. Mais plus tard, j’ai voulu avoir des enfants. J’en ai deux à ce jour. Je les élève seule car je ne me sentais pas capable de vivre avec un homme toute ma vie.

Je n’ai jamais fait de dépistage du VIH/SIDA, faute de moyens. Le FARG (Fonds National pour l’Assistance aux Rescapés du Génocide) m’a octroyé une carte pour les soins de santé, mais je ne bénéficie d’aucune autre assistance.

J’avais oublié de signaler que je vis dans une maison de l’agglomération construite par IBUKA. J’aimerais avoir un capital pour lancer un commerce et arrondir mes fins de mois car le travail que je fais n’est pas très rentable.

Témoignage recueilli à Murambi le 21 mars 2003,
Par Pacifique Kabalisa.